Ça y est, on parle enfin de De Rugy

Ça y est, on parle enfin de De Rugy

Je m’voyais déjà en haut de l’afficheee…
En dix fois plus grooos que n’importe quiii…

F
rançois de Rugy (FDR) est – ou plutôt était – bien placé, numéro 2 du gouvernement, mais un ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie inexistant. Jamais on ne l’a entendu évoquer de grands projets écologiques dans le cadre de son ministère afin de mettre en place des politiques à la hauteur de la gravité de la situation de la planète.

 

Néanmoins, il a bien plusieurs fois rencontré des lobbyistes, pour la bonne cause sûrement (laquelle ?), tels des représentants des entreprises d’énergie, des partisans de l’agriculture industrielle ou des fédérations de chasse – enfin ceux qu’a dénoncés Nicolas Hulot lors de sa démission. Également, FDR a bien essayé de jouer le petit télégraphiste en marche de son bien-aimé Président en critiquant stupidement Yannick Jadot lors de la campagne européenne : « Monsieur Jadot est dans la surenchère permanente : il a fait quoi au Parlement européen depuis dix ans ? Cela ne sert à rien pour l’écologie de ne faire que des discours ».

Déjà, mauvais indice, bien qu’il s’y soit engagé avant d’y participer tambour battant, FDR n’avait finalement pas soutenu le vainqueur de la primaire socialiste, Benoît Hamon, qui tenait pourtant un vrai discours écologiste. Il a préféré se mettre sous la coupelle d’Emmanuel Macron qui n’en parlait quasiment pas, d’écologie : « Je note que la stratégie adoptée par Benoît Hamon vise à constituer un programme commun de gouvernement avec Jean-Luc Mélenchon et Yannick Jadot, de manière à mon sens totalement artificielle au vu de l’histoire récente et des béances idéologiques sur des questions centrales. »

Pas de béance idéologique chez FDR ? Preuve de sa faible influence et de son acceptation d’avaler sans difficulté des couleuvres (animal pourtant protégé), il soutient un Président qui fait le contraire de ce qu’il dit. Exemple : le géantissime projet de parc de divertissement commercial Europacity [1], avec le recours gagné de l’État favorable au projet de bétonisation contre le premier jugement du Tribunal administratif favorable à nos amis défenseur des terres agricoles.

Auparavant, FDR avait déjà trahi Europe Écologie Les Verts (EÉLV) avec ses opportunistes ami.e.s Jean-Vincent Placé et Barbara Pompili : « Je quitte Europe Écologie Les Verts car pour moi EÉLV, c’est fini. Le cycle ouvert par Daniel Cohn-Bendit en 2008 est arrivé à son terme. Aujourd’hui, on n’arrive plus à avoir les débats, ni de fond ni stratégiques, au sein d’un parti qui s’enfonce dans une dérive gauchiste. » Et lui dans une dérive… comment dire ? Arriviste ?

FDR avait été sifflé au Conseil fédéral (CF) d’EÉLV alors qu’il tentait vaillamment de défendre la politique du Premier ministre de l’époque, Manuel Valls (!) Il s’en était plaint sur la liste de discussion du CF en mettant en cause les anonymes dans la salle qui, selon lui, par cet acte, ne revendiquaient pas leurs positions en face. Je lui avais répondu que, plutôt de faire un mauvais procès, il fallait trouver des explications, s’interroger sur les raisons. Il m’avait tenu alors ce discours hallucinant (cet épisode est vrai), identique sur la forme à ceux de Sarkozy ou Valls : « Lorsqu’on cherche à expliquer, c’est qu’on s’apprête à excuser ». FDR, au même titre que les deux sinistres susnommés, menait clairement une guerre à l’analyse, une guerre à l’intelligence.

Homard m’a tué

Voilà l’inscription (sans la célèbre faute d’orthographe) que j’ai pu voir sur un mur au ministère de l’Écologie. FDR répète que tout ce qu’il a fait est légal, les repas à peine luxueux pour ses réceptions publics-privés de travail entre copains-coquins, qu’il est resté « dans les clous » et qu’il tient les factures de la rénovation légitime de son appartement de fonction à disposition.

En 2013, ce donneur de leçon patenté nous disait : « Il faut mettre fin à cette idée très répandue parmi les citoyens selon laquelle les élus se font leur propre petit système et qui de fait seraient un peu privilégiés. » D’ailleurs, sa première réaction, dès la sortie de l’affaire des homards, a été de jouer au justicier intraitable : limogeage immédiat de sa directrice de cabinet à cause de son logement HLM ! Quelle stratégie de niveau maternel : il espérait ainsi sauver sa tête.

Il affirme ne pas avoir payé d’impôts pour avoir reversé ses cotisations d’élu à son parti de l’époque, EÉLV, mais avec l’indemnité représentative de frais de mandat (IRFM), censée couvrir les frais relatifs à la fonction de député ; oh le petit filou FDR, comme à la FDJ, gagnant au grattage et au tirage ! Ce que je sais aussi, c’est qu’au moment de son départ d’EÉLV, il a laissé une ardoise de 116 000 € (info donnée au Conseil fédéral en septembre 2017). Pour être précis : FDR devait 41 600 euros de cotisation d’élu non versée au mouvement sur les années 2015-16-17 + 75000 euros de financement public non attribué aux écologistes car il les a reversés à un autre parti… Je doute que, tel un artiste qui revient sur scène pour un bis, FDR ait frappé à la porte pour dire : « Je vous quitte mais pour demeurer correct, je vous apporte mon chèque de cotisation d’élu afin qu’il n’y ait aucun contentieux surtout moral. »

Sa grande amie (et la nôtre aussi), Pompili, estime que FDR « était sincère dans ce qu’il a fait » mais n’a « pas suffisamment fait la part des choses » lorsqu’il organisait des dîners fastueux en tant que président de l’Assemblée nationale. Mais non, nous ne rêvons pas en entendant de telles bêtises. Comment se fait-il que des gens soient autant déconnectés de la réalité et ne montrent de l’exercice du pouvoir politique que l’appartenance à une caste de privilégié.e.s vivant dans un autre monde que la populace ?

Mais, mon pauvre garçon, te rends-tu compte de la réalité et du mal que tu fais à l’idée de la pratique politique publique dans l’opinion ? N’avais-tu pas dit, en novembre 2018, que les revendications des gilets jaunes allaient très au-delà des questions de la transition écologique ? Il fallait comprendre : de la justice sociale.

Ce fait est fort problématique quand on est persuadé que nous vivons sur la même planète, que nous faisons partie de la même humanité que l’ensemble des habitant.e.s sur Terre, et de manière plus large que nous appartenons à l’ensemble du monde vivant parce que nous sommes écologistes.

Les mains sales

Le credo de FDR, au même titre que Pompili ou Placé, c’est qu’il faut assumer le pouvoir à tout (tous) prix, mettre les mains dans le cambouis : ils ignorent tout du nécessaire rapport de force qui s’appuie sur le mouvement social, celui qui permet d’obtenir de vraies victoires. Dans les faits, nous sommes bien incapables de trouver quelles sont les avancées obtenues par FDR lors de son passage au ministère de l’Écologie. Aujourd’hui, la participation au pouvoir de ces usurpateurs n’a pour résultat que de les retrouver avec les mains sales.

FDR est écologiste ? Alors, on attendait de lui a minima de la force dans le discours et l’action, un vent force 10 comme aux quarantièmes rugissants. À la place, ce n’est que du Rugy sans ! [NDLR : wahouuu, bien tourné…]

En conclusion, face à ces faussaires fossoyeurs de l’écologie, juste un petit mot pour ces vrais élus écolos qui sont maires à la base avec les citoyen.ne.s et qui, eux, transforment les choses : Jacques à Paris IIe, Michel à l’Île-Saint-Denis, Daniel et Christian à Arcueil, Jean-François à Loos-en-Gohelle, Damien à Grande-Synthe, Clément après Noël à Bègles, Éric à Grenoble… [NDLR : 100 % de  maires écolos mecs… nous n’en sommes pas à une contradiction près !]

[1] Porté par des investisseurs français et chinois, Europacity est un pharaonique projet immobilier proche de la capitale, dans le Nord-Est francilien, qui prévoit la destruction et le bétonnage de centaines d’hectares de terres agricoles. Voir le site du Collectif pour le Triangle de Gonesse (CPTG), en lutte contre Europacity : http://nonaeuropacity.com

 

François de Rugy

 

Voir la recette de cuisine du chef Marius Bénard : « Le homard à la De Rugy”.

[NDLR : Illustrations piquées sur le web… toutes nos excuses pour celles dont on n’a pas trouvé le crédit.]