Gilles Perret : un cinéaste engagé

Gilles Perret : un cinéaste engagé
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Quatre questions au réalisateur documentariste Gilles Perret. Un cinéaste engagé avec les citoyens résistants d’hier et d’aujourd’hui.

 

Le Bruit des Arbres :

Bonjour Gilles Perret, le public vous connait comme réalisateur de film, mais nous allons vous interviewer au sujet d’un de vos engagements. Vous êtes l’un des fondateurs de l’association “Citoyens Résistants d’Hier et d’Aujourd’hui” (CRHA), Malheureusement le rassemblement annuel du CRHA prévu fin mai a été annulé et c’est une déception pour tous ceux qui y participent. Pouvez-vous me présenter le CRHA ?

 

Gilles Perret :

Citoyens résistants d’Hier et d’Aujourd’hui est né un peu d’une initiative individuelle. Au départ, alors que Nicolas Sarkozy allait être élu président de la république 3 jours plus tard, il a décidé de venir au plateau des Glières et d’en faire un lieu symbolique pour lui et y venir chaque année s’y recueillir.

A ce moment-là ça rejoint mon travail et mon engagement associatif. J’étais en train de faire un film avec un ancien résistant déporté, Walter Bassan. Ayant appris que Nicolas Sarkozy venait mais qu’il n’avait pas invité les anciens résistants et qu’il faisait un coup de com. sur le plateau des Glières, on a décidé avec les copains de réagir à ça. On a lancé un appel pour dire, « il a le droit de venir, mais méfiez-vous, ce candidat-là est celui qui va s’attaquer le plus frontalement au programme du CNR. »

On a appelé à un rassemblement, le premier contre Nicolas Sarkozy puisqu’il n’était pas encore élu !

On a eu un beau succès et du coup on a ressorti le programme du Conseil National de la résistance des catacombes. On a refait cette opération 1 an après puisque Nicolas Sarkozy est revenu.

C’est à cette occasion qu’on a fait venir Stéphane Hessel qui a fait un discours sur le plateau des Glières sur les raisons de la Résistance et qui mettait comme motivation à la résistance l’Indignation.

Ca a donné naissance (j’ai repris ça dans un de mes films) au bouquin Indignez-vous.

Il y a eu toute une effervescence autour de ce rassemblement.

On a décidé de se structurer en association pour avoir une présentation légale et officielle, c’est là qu’est né le CRHA. Avec pour but de remettre sur le devant de la scène les valeurs qui étaient portées par le CNR, et les acquis dont on bénéficie encore quasiment tous aujourd’hui sans forcément être au courant que cela vient d’une bataille.

Cela vient de la Libération, cela vient d’une bataille politique et aussi d’une lutte armée pour installer et créer un monde meilleur, plus égalitaire et tourné vers l’intérêt général.

Chaque année avec cette association notre activité principale est d’organiser un rassemblement au plateau des Glières et à Thorens Glières autour de ces questions et pour actualiser ce programme.

Il ne s’agit pas de rester dans le côté mémoriel et commémoration comme on aime bien le faire au sujet de la Résistance. Mais justement de donner une signification dans le monde d’aujourd’hui de ce que qu’a pu apporter le programme du CNR.

Clairement si on relit ce programme du CNR aujourd’hui on est dans un programme complètement à l’inverse de l’idéologie libérale et néolibérale qui nous régit depuis une trentaine d’années.

Clairement notre mouvement s’inscrit contre ce monde-là de l’individualisme, du consumérisme, de ce monde qui détruit les solidarités institutionnelles comme la Sécurité Sociale, le Code du Travail et puis évidemment la planète et les liens sociaux.

Chaque année on invite des psychologues, des sociologues, des économistes, des juristes des cinéastes qui ont réfléchi sur ces questions. Avec des débats à thèmes, des conférences, des films (souvent en avant-première), et du théâtre.

Et aussi des paroles plus solennelles qui sont portées sur le plateau des Glières par d’anciens résistants ou des gens qui sont devenus des résistants d’aujourd’hui et qu’on a appelé au fil des années des lanceurs d’alerte (au début on n’employait pas ce terme-là).

Il y a beaucoup de figures de lanceurs d’alerte qui ont pris la parole sur le plateau aux côtés d’anciens résistants.

En principe chaque année le rassemblement a lieu sur 2 ou 3 jours en mai et effectivement cette année on a dû l’annuler pour les raisons sanitaires bien connues

 

Le Bruit des Arbres :

La période actuelle est très déstabilisante, qu’est-ce qu’elle vous inspire ?

 

Gilles Perret :

C’est clair que cette période-là est une période rêvée pour tous ceux qui avaient envie d’expérimenter la répression au niveau des libertés, la régression des institutions et d’attaquer le code du travail puisque à partir du moment où est instauré l’Etat d’Urgence Sanitaire, tout devient possible.

Mais je fais un peu de provoc : Macron sa bande et le monde qu’ils représentent auraient eu tort de se priver. Ils ont essayé des choses et c’est très très inquiétant évidemment.

L’enjeu aujourd’hui c’est de se débarrasser au plus vite de ces mesures liberticides et rétablir un code du travail en supprimant tous les amendements récents.

A côté de ça on peut aussi voir une note plus positive (c’est ce qu’on porte au CRHA) C’est que ça a mis sur le devant de la scène et aux yeux de tout le monde, les carences des politiques libérales au niveau de la santé et des logiques managériales qui sont portées par Macron et ce gouvernement.

Du zéro stock et les méthodes qui sont certainement efficaces économiquement dans le monde de l’industrie .Mais quand on a zéro stock en masques ça finit par poser des problèmes ! Quand on a uniquement comme préoccupation l’économie et éventuellement les échéances électorales ça génère quand même pas mal de morts derrière.

J’espère que les gens en ont pris conscience. On a envie d’une période plus porteuse d’espoir, plus tournée vers les questions environnementales et tournées vers l’être humain.

Ça c’est le bon côté des choses.

Mais forcément le gouvernement et les libéraux ont senti ce courant qui pouvait naitre, et pour lutter contre, il leur faut envoyer l’armada juridique, l’armada répressive sur les libertés (y compris sur les réseaux sociaux) et l’armada médiatique.

Ils agissent sur trois fronts auxquels, il nous faut faire face ; un font répressif, un front législatif et un front médiatique.

L’espoir qu’a fait naitre cette crise en disant « enfin on va prendre des mesures au niveau environnemental, au niveau social au niveau juridique » s’amenuise au fur et à mesure que les semaines passent pendant cette période de confinement et de déconfinement. En tous les cas ces espoirs sont battus en brèche fortement par le gouvernement et les libéraux qui craignent pour leurs intérêts.

 

Le Bruit des Arbres :

Pensez-vous qu’il y a des chances pour que l’on puisse construire collectivement un « Jour d’Après plus heureux » à l’image de ce que fût le CNR à la sortie de la dernière guerre mondiale.

 

Gilles Perret :

Oui, j’y crois toujours, je veux dire à titre personnel j’ai eu la chance de côtoyer jusqu’à leur mort de façon récurrente des grandes figures de la Résistance.

Je vous ai parlé de Walter Bassan et il y avait aussi Henri Bouvier avec nous, Stéphane Hessel et Raymond Aubrac avec lesquels j’ai eu la chance de passer pas mal de temps et c’était certainement les plus optimistes parmi nous.

Eux quand ils écrivaient le programme du CNR, vous imaginez la situation de la France en mars 1944, c’est la période la plus répressive de l’Occupation, c’est les millions de victimes juives, les opposants politiques dans les camps dont beaucoup sont décédés, il n’y a plus aucune liberté.

On ne peut pas imaginer un environnement plus sombre et Raymond Aubrac me disait ; qui aurait pu imaginer que 6 mois après on allait mettre en place la Sécurité Sociale, le statut de la fonction publique , les retraites par répartition , créer EDF, et nationaliser les banques…

Donc il faut être optimiste

C’est pour ça qu’on a décidé de créer le Conseil National de la Nouvelle Résistance (CNNR). Pour essayer de s’inspirer de ce qu’a été le programme du CNR à cette époque. Pour essayer de trouver un socle de valeurs communes, de principes, qui pourraient fédérer tous ceux qui réfléchissent au monde d’après.

Il y a beaucoup d’Appels qui passent en ce moment pour construire un monde en direction des « Jours Heureux » comme ça s’appelait à l’époque du CNR …

C’est une initiative qu’on vient de lancer, on verra vers quoi ça va. En tout cas ce n’est pas le moment de rester les 2 pieds dans le même sabot.

 

Le Bruit des Arbres :

En tant que réalisateur de films, cette période vous inspire-t-elle ? Avez-vous des projets en tête ?

 

Gilles Perret :

C’est vrai qu’en général si je fais des films c’est que j’ai plutôt des choses à raconter en lien avec l’actualité. Ce ne sont pas des films contemplatifs ou des histoires d’Amour, ce n’est pas mon registre.

Oui ça m’inspire. On a commencé à tourner un film avec François Ruffin sur les métiers du lien depuis le début de l’année pour essayer de revaloriser et de remettre sur le devant de la scène les gens qui sont en ce moment les plus mal rémunérés, les plus mal considérés et avec les statuts les plus divers et variés voire des statuts qui n’existent pas en ce qui concerne les auxiliaires de vie sociale au près des personnes âgées.

Dans cette crise, de « moins que rien » ou de « rien », comme disait Macron, ces gens-là sont finalement devenus ceux qui sont en première ligne. Ils ne sont passés de « rien » à « Héros de la Nation » !

Cette crise vient percuter de plein fouet notre film. Et on intègre cette histoire dans le film. On ne pouvait pas passer à côté, voilà en quoi cela m’inspire.

En général l’actualité sociale et politique m’inspire toujours.

Il y aurait plein de films à faire mais je ne suis pas très rapide….

 

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Filmographie de Gilles PERRET

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