Bruit des Arbres – Opus de janvier 2021

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PAR FRANÇOIS LOTTEAU

Le Grand Retournement

« Pauvres grands disparus gisant au Panthéon,
Pauvres cendres de conséquence… »
Georges Brassens,
Supplique pour être enterré à la plage de Sète

 

LE BRUIT DES ARBRES avait fait place à Maurice Genevois avant que la République n’élude les responsabilités en envoyant comme elle le dit, « symboliquement » les Poilus au Panthéon à travers le cercueil de l’écrivain.

Nous avions voulu, avant cet épisode, rendre à Genevois son actualité. Giscard avait dit de lui qu’il était le premier des écologistes, sans doute cela a-t-il longtemps nui à notre reconnaissance.

Facile à récupérer, donc, le Maurice. Il faut dire qu’il n’était pas « politique », pas « de gauche » peut-être, je n’en sais rien, et son écologie pouvait faire joli dans le tableau nostalgique d’une ruralité traditionnelle –traditionaliste ? – de la même manière qu’il donne couleur humaine au combat national –nationaliste ?. Comme il suffit d’ajouter des « iste » pour changer le sens des mots et le destin des idées !

Je me plais à penser qu’il s’est retourné dans son cercueil quand on l’a transporté chez les Grands Hommes envers qui la Patrie est reconnaissante. Je me plais à penser que la mise en scène des faux-culs n’affaiblit pas la valeur de l’écrivain. 

C’est un écrivain du réel, cela a été dit, lorsqu’il décrit le bruit mat de la balle qui entre dans le corps de son voisin de combat et transforme après deux secousses finales, un camarade de tranchée en cadavre. 

C’est un écrivain du réel lorsqu’il ressent dans les cris des lapins malades, la même clameur qui montait des tranchées. Facile à nier, un lapin n’est tout de même pas un humain, facile à tourner en dérision ou à ramener à la sensibilité du gentil poète. Je voudrais que l’on sente l’hypocrisie, que l’on retourne le ridicule comme une arme contre ceux qui louent la beauté de l’écrit contre la guerre, et la font ; contre ceux qui louent la beauté de la nature, et la détruisent. 

Genevois est dans la lignée des écrivains de nature. Tendre bestiaire, Le bestiaire enchanté, sont des « Nature writings », tels que Thoreau inaugura le genre aux Etats-Unis au 19e siècle. 

Nous sommes aux Antipodes de ce côté du monde qui veut nous faire croire que nous dominons la nature. Vivant de l’autre côté, pour eux nous marchons sur la tête. Parce que, pour eux, la Terre est plate, de la platitude de l’Economie, du Pouvoir, du droit du plus fort. Ce que nous voulons, ce n’est pas une transition, c’est un retournement. 

La tête à l’envers, provoquée par la vision des mésanges dans l’arbre, c’est l’humain à l’endroit, à son endroit parmi les êtres. 

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« [ ] Mais les mésanges ? Elles sont partout, vol de plumes bleues en tourbillon, de piaillements et de frouements d’ailes. Tout bleu, ce vol, bleu d’azur, et soudain fouetté de jaune au pirouettement des gorges et des ventres, jaune canari, vert olive, de nouveau bleu dans une volte fuyante, et brusquement piquant sur moi, ponctué de noir par cent menues têtes rondes.

Le buisson où j’étais entré groupait quelques saules cendrés, aux branches capricieusement tordues, nouées presque jusqu’à leur pointe, au feuillage clairsemé. Je m’étais allongé sur le sable, un sable sec, tiède et craquant. J’y enfonçais mes mains, en soulevais une poignée pour le plaisir de le sentir couler, vif et soyeux, entre mes doigts. Le ronflement du vol me laissa le souffle en suspens.

Il avait fondu sur moi, s’abattait, se perchait, m’enveloppait. Maintenant, le saule qui me couvrait portait plus d’oiseaux que de feuilles. J’étais comme au centre d’un globe, criblé de déchirures de ciel. Feuilles, mésanges, branchettes torses se détachaient à contre-jour sur un écran de lumière vive. Seules bien réelles, les quelques tiges en bouquet qui s’élevaient à partir de la souche se montraient à mes yeux comme une armature baroque, soutien du globe étrange dont j’étais le prisonnier. Les mésanges ne m’avaient pas vu. Elles pépiaient, piaillaient, bavardaient. Elles avaient pris possession du saule, s’y trouvaient bien, chez elles de toute éternité.

Et voici que peu à peu ce qui m’avait paru d’abord solide et stable, enraciné, s’effaçait sous mes regards mêmes. Plus de tiges, et bientôt plus de branches, plus de feuilles. Au lieu de l’arbuste arrondi et de son ombre légère, plus rien que ce dôme d’oiseaux, ce strident et zézayant tumulte où ronflaient de menus bruits d’ailes, ce palpitant feuillage d’oiseaux.    Mes yeux allaient d’une mésange à l’autre, tantôt les confondant entre elles, unique voile en coupole, bulle duveteuse et chatoyante, mésangerie versicolore, tantôt isolant telle ou telle, son bec pointé, tout droit et fin sortant de sa petite moustache, son œil brillant qui me regardait, regardait, et déjà l’œil de cette autre, son bec ouvert, qui stride coléreusement, ou joyeusement, ou tendrement, je ne sais plus, l’étourdissement me gagne.

Elles continuent de ne pas me voir, becquetant les branches, pirouettant, dégringolant de ramille en ramille, se rattrapant d’une patte, du bec, cabriolant la tête en bas, parfois même, d’un petit vol court, plongeant à l’intérieur du globe et sautant à un autre perchoir. Leurs culbutes, leurs cabrioles, leurs saluts, leurs défis, leurs caresses, leur papotage ininterrompu, cliquetant, grinçant, susurrant, et leurs couleurs, leur chatoiement à contre-jour, le papillotement de leurs plumes, il me semblait que tout cela se rapprochait de moi peu à peu, me cernait, me touchait déjà, allait bientôt m’anéantir.

J’avais fermé les yeux. Une rafale brusque, un ronflement énorme passèrent sur mes paupières mêmes. Je revis en rouvrant les yeux les tiges solides, les ramilles une à une, chaque feuille de saule découpée sur le ciel. Adieu, mésanges ! Il me sembla que mon corps pesait d’un tel poids sur le sable que je ne me relèverais jamais.

Quand je rentrai à la maison, ma femme eut un regard inquiet.  – Qu’as-tu ? dit-elle. on dirait que tu titubes, que tu marches sur la tête. – C’est cela, dis-je. Retourne-moi. »

Maurice GENEVOIS,
Bestiaire enchanté, Plon 1969.
Pages 267-269.

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Quelques-uns ont pu voir Princesse Europe, sorti en salles deux jours avant le reconfinement. Pour les autres, voici ce qu’en dit la rédaction du Bruit des Arbres, entre critique cinéma et  digest d’une interview du réalisateur. 

Princesse Europe
Un long métrage de Camille Lotteau (2020)

Le film se termine par la (fausse ?) compensation carbone de son tournage auprès de la Fondation GoodPlanet avec en commentaire off : « 617 euros, ça fera un billet d’avion à Yann et sa moustache pour aller faire des photos vues de là-haut. » En effet, le  réalisateur Camille Lotteau s’est rendu dans une vingtaine de pays européens pour fabriquer son film, Princesse Europe et a donc, avec son équipe, a émis pas mal de carbone.

À l’heure où les compagnies aériennes proposent mille artefacts pour se dédouaner (hier Lufthansa écrivait « become a mindfulflyer ») en appelant ses clients à compenser leurs -hypothétiques- déplacements… est-ce la vraie question ? Le film propose vers son début une brève lecture du Monde d’hier de Stefan Zweig, au moment où l’on nous parle d’un « monde d’après ». Où chercher et vers quoi courir ?

Le film de Camille Lotteau montre une Europe tout à la fois surexcitée, exsangue, hyperactive, endormie… des territoires surexposés comme un Berlin centralisateur ou une Italie en voie de fascisation et des terres oubliées, la Transcarpatie ukrainienne, un minuscule port de pêche à la lisière entre la Pologne et l’enclave russe de Kaliningrad par exemple.

À travers des personnages aussi disparates qu’une jeune écrivaine barcelonaise ou un rude premier ministre hongrois, des chauffeurs de taxis de tous les pays qui s’unissent dans l’acuité de leurs remarques politiques, une mystérieuse copine Gilet Jaune, en suivant le fil d’un Bernard-Henri Lévy chevaleresque dans son combat contre les moulins du populisme, le réalisateur dresse le portrait d’une Europe électrique et enthousiaste, la Princesse qu’il recherche dans son générique. Quelle Europe, quelle Princesse ? L’indispensable réponse que nous aurons au terme de ce périple homérien réside dans la nécessité de l’humour et du décalage obligatoire pour traiter ces questions politiques et accueillir les humains qui se pressent à nos bornes. La figure de la Princesse Europe apparaît alors comme une compression à la César, un concentré politique et coloré qui à chaque instant peut tourner en feu d’artifice.

A défaut de voir le film tout de suite, regardez la bande-annonce qui a notre préférence ici :

https://www.cineuropa.org/fr/newsdetail/392330/
@cineuropa

 

…et une autre sur Allociné ou YouTube
https://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19590019&cfilm=280844.html

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