Pandémie et écologie, relocalisations et altermondialisme

Pandémie et écologie, relocalisations et altermondialisme
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Si l’épidémie du Coronavirus a illustré la dépendance de notre société à des importations de première nécessité, elle a aussi démontré l’interdépendance mondiale, héritage caricatural d’une Division Internationale du Travail (DIT), jolie formule pseudo scientifique pour masquer le commerce inégal. L’arrêt brutal des échanges économiques qui s’en est suivi a souligné, en miroir, la dépendance des pays d’où nous importons nos marchandises comme ceux où nous les exportons. En boomerang, le système mondial, qu’on nous assurait être stable, immuable (Tina [1]) et désirable.

 

[cmsmasters_dropcap shortcode_id= »69f3d3324e » type= »type2″]L[/cmsmasters_dropcap]e meilleur des mondes possible, a freiné sa ronde infernale du jour au lendemain. L’émergence inattendue de sa fragilité sous jacente a alors provoqué un grand nombre de réflexions sur les délocalisations [2] et autant d’appels, parfois surprenants, aux relocalisations.

Un nouveau mantra : les relocalisations !

C’est ainsi qu’au plus haut niveau de l’Etat, le ministre de l’économie et des Finances, Bruno Le Maire, a pointé la nécessité d’une relocalisation de nombre d’activités. Intéressante volte face d’un chantre de la mondialisation et du libre échange prônant une politique que seuls quelques écologistes « arriérés » défendaient.

Cette conversion ne vise évidemment qu’à sauvegarder la même économie, il s’agit d’en limiter simplement les inconvénients mortifères apparus avec le Covid 19. Demander, gentiment, à l’industrie pharmaceutique de redévelopper ses sites sur le sol national, aider l’industrie automobile à la condition que ses chaines de production reviennent en France, voire inciter l’industrie agro-alimentaire à privilégier les producteurs locaux… Et permettre aux industriels vaguement nationaux de se reconvertir vers de nouveaux secteurs, prometteurs, soit disant écologistes.

Ces tentatives de réformer à la marge le commerce mondialisé n’ont bien sûr rien à voir avec une transformation indispensable de notre modèle de production et de consommation, et ne cherche pas à s’attaquer fondamentalement aux pollutions, au réchauffement climatique et à la destruction de la biodiversité dont on a constaté l’importance pour le développement de la pandémie. Pas plus qu’aux inégalités criantes, encore moins à la misère et à l’exploitation des peuples.

Redéployer les pistes cyclables, même si c’est nécessaire, multiplier les voitures électriques, dont le bilan énergétique est un leurre, rebooster les agrocarburants, dont l’huile de palme dévastatrice, sont des mesures hypocrites qui ne ralentiront en rien la catastrophe annoncée. En guise de transformation de l’agriculture, se féliciter des monstrueux élevages de porcs ou de poulets comme Emmanuel Macron en Bretagne, dévoile la vacuité de ses discours sur le renouveau et l’inventivité. Le projet “Espérance” (sic !), une mine d’or en Amazonie Guyanaise, en est la dernière trouvaille.

Les proclamations hypocrites du président lors de sa conférence de presse du 13 avril, pas plus que les appels politiciens à relocaliser, ne se préoccupent évidemment pas des conséquences sur les pays où les industries françaises ont délocalisé. Pourtant, l’interruption du commerce mondial a eu des conséquences dramatiques pour leurs exportations, comme pour les importations qui leur ont été imposées au détriment de leur autonomie en particulier alimentaire.

 

Les effets de l’arrêt du commerce mondial : l’exemple du textile

Le Bangladesh [3], par exemple, devenu l’atelier de couture du monde en général et de l’Europe en particulier, a connu une catastrophe économique et sociale. Le prêt-à-porter y représente 84 % de ses exportations. L’industrie du secteur a, dès le confinement, arrêté ses achats et commandes. Or, ce sont principalement les plus grandes marques qui y achètent à bas cout des vêtements, revendus avec un bénéfice considérable.

Après la catastrophe de Dacca [4], ces entreprises, beaucoup européennes, ont tenté de redorer une image bien écornée. Bien qu’alors leurs dirigeants aient proclamé leur attachement à une « production durable » ou à des salaires décents [5], ils n’ont pas hésité une minute à sacrifier leurs sous-traitants et leurs employés lorsque la demande s’est effondrée avec le Covid19. La loi RSE, votée avec beaucoup de difficultés en France, suite au scandale du Rana Plaza, les obligeant à analyser leurs résultats en terme de Responsabilité Sociétale de leurs filiales, n’a pas résisté longtemps. Face aux menaces sur leurs profits, sur leur cotation boursière et le désengagement prévisible de leurs actionnaires, tous ont annulé leurs commandes, certaines, comme C&A (entreprise d’origine allemande) ou Zara (d’origine espagnole), allant jusqu’à refuser de payer les commandes : « Au total, depuis l’apparition de l’épidémie, 46 % des productions en cours ou terminées ont été annulées au Bangladesh. De plus, 72 % des donneurs d’ordre n’ont pas réglé les tissus achetés par leurs fournisseurs. Les salariés mis en chômage partiel ont droit, selon la loi, à une partie de leur salaire, mais 98 % des groupes [européens] n’y contribuent pas » [6].

Si le Bangladesh, victime de sa monoproduction, a été le plus touché par l’arrêt de ses exportations, la Birmanie, le Cambodge et l’Inde (pour son secteur textile), ont subi de plein fouet les conséquences sociales et économiques dues à leur dépendance.

 

La fin de la mode jetable est nécessaire mais pas suffisante

Gisela Burckhardt, de Femnet, une organisation qui défend les droits des femmes, ose espérer que « beaucoup trop de gens paient beaucoup trop cher pour une production excessive à bon marché. Peut-être en arrivera-t-on à la fin de l’ère de la mode jetable ».

Rubana Huq, la présidente de l’Association des fabricants et exportateurs de vêtements du Bangladesh (BGEMA), craint, au contraire, qu’avec la crise économique provoquée par la pandémie ces grands groupes leur disent cyniquement : « Le monde est différent maintenant, il nous faut des produits encore moins chers. »

Malheureusement, même si l’on rêve que les consommateurs/trices boycottent les marques qui ne respecteraient pas les droits des salarié.e.s, leurs conditions de travail, leurs salaires, même si les consommateurs européens recyclent leurs 65 kg de vêtements par an, il sera nécessaire d’arrêter la fabrication immodérée de vêtements et donc de ces ateliers asiatiques. Comment empêcher alors que se reproduise l’écroulement de toute une économie telle que la pandémie l’a provoquée ?

Cette situation illustre les difficultés d’une conversion écologique indispensable qui nécessite des relocalisations, voire des réductions drastiques de productions.

 

Impact environnemental et climatique de l’industrie textile

La production de l’industrie textile a, d’après France Nature Environnement, doublé en 15 ans, accompagné en plus d’un gâchis monstrueux, puisque, en France 1/3 des vêtements finissaient en déchets [7]. La loi sur l’interdiction de jeter ou brûler les vêtements invendus a bien été proposée en 2019. Elle met fin à une dérive commerciale des marques, privilégiant la nouveauté par tous les moyens, qui fit grand bruit lorsqu’elle fut révélée par des ONG. Mais elle ne limite pas pour autant une production démesurée, au plus bas cout possible qui alimente sans fin une soif de consommation facile et consolante.

Elle est, en plus, extrêmement polluante puisqu’utilisant de nombreuses substances chimiques : « 20 % de la pollution des eaux mondiales seraient imputables à la teinture et aux traitements de nos textiles » ; l’entretien de ses fibres synthétiques génère « 500 000 tonnes de plastiques largués dans l’océan par an, soit l’équivalent de 50 milliards de bouteilles en plastiques… auxquels ajouter les transports [8]. A titre d’exemple, du champ à la boutique, un jean peut parcourir jusqu’à 1,5 fois le tour de la Terre (65 000 km). »

Ajoutons que, vu son développement exponentiel, elle est en passe de devenir l’une des émettrices les plus importantes de CO2. cToute étape confondue, l’industrie textile émet 1,2 milliards de tonnes de gaz à effet de serre par an, soit plus que le trafic aérien et maritime mondial réunis ! ».

 

La transition ou rupture écologique ne peut se faire dans cet impensé

Cette situation illustre les difficultés de la transition écologique pouvant seule sauver la planète, mais surtout l’humanité. Elle ne peut s’envisager dans nos seules sociétés, elle doit prendre en compte ses conséquences sur des populations vivant de “nos” délocalisations.

Les relocalisations, les circuits courts, la sobriété énergétique, le retour à une agriculture biologique de proximité, etc., doivent penser les conséquences sur l’économie monofacturière de beaucoup de pays où nos sociétés industrialisées ont délocalisé leur production – et leurs émissions de CO2. Une politique écologique doit aussi se prévoir en collaboration avec les populations de ces pays, avec l’obligation d’aider à leur propre reconversion. Il en est évidemment de même pour les pays où dominent l’extractivisme ou des monocultures d’exportation.

 

Prochain drame : la famine

La crise provoquée par le covid19, ou plutôt par la mondialisation productiviste qui en est responsable, n’a pas fini de frapper durablement les pays producteurs de ces matières premières en particulier agricoles que nous importons à bas prix. On a pu s’inquiéter d’une possible pénurie alimentaire en France [9], liée aux circuits de distribution. Avec la fermeture des frontières nous avons appris avec effarement que l’agriculture française tant vantée pour son efficience ne nous permettait pas d’être autosuffisant, en particulier pour les fruits et légumes. Or dans trop de Suds dominés, les pays industrialisés exportent des produits transformés ou alimentaires. Cet échange parfaitement inégal qui a tué les cultures vivrières et une souveraineté alimentaire minimum se révèle comme ce qu’il est : une dépendance menaçante lorsque le commerce mondial s’interrompt. Les principaux producteurs céréaliers comme la Chine ou le Kazakhstan, ont interdit toute exportation. Une fois de plus, comme après la crise de 2008/9, les prix vont augmenter et des profiteurs vont activer la spéculation boursière. Ainsi, dans nombre de pays africains, mais pas seulement, ce n’est pas le Covid qui va tuer les habitant.e.s mais la famine. La pandémie n’a pas fini de bouleverser notre monde. Au bord du gouffre, il est grand temps de reculer.

 

[1] « There is no alternative », phrase prononcée par Mme Thatcher, devenue l’acronyme de sa contestation

[2] “Après le choc : relocalisations dans l’industrie, délocalisations dans les services” – 6 avril 2020, CEST Mouhoub Mouhoud – Professeur d’Economie, Vice-Président de l’Université Paris-Dauphine, PSL

[3]  -Der Spiegel (Hambourg) Prêt-à-porter Au Bangladesh, c’est l’apocalypse pour les ouvrières du textile

[4] La catastrophe du Rana Plaza, en avril 2013, a fait plus de mille morts et autant de blessés, et abritaient des ateliers de confection pour diverses marques internationales.

[5] Il y a quelques mois, Zara avait fait imprimer le mot “RESPECT” sur son sweat-shirt à capuche dit “durable”.

[7] La loi sur l’interdiction de jeter ou brûler les vêtements invendus a été proposée en 2019 dans le cadre de l’économie circulaire et de la gestion des déchets.

[8] Communiqué de presse de FNE, 12 novembre 2018. A titre d’exemple, du champ à la boutique, un jean peut parcourir jusqu’à 1,5 fois le tour de la Terre (65 000 km).

[9] Pour enclencher la transition, les idées ne manquent pas par Vanina Delmas | Politis
https://www.politis.fr/articles/2020/04/un-monde-seffondre-une-bataille-commence-41708libre
Article paru dans l’hebdo N° 160Du 2020-05-13 15 :00 :00

 

Photo : Fahad Faisal – Creative commons

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